L’histoire des jeux vidéo avance et s’allonge au gré des années et des évolutions technologiques. Les joueurs eux, prennent de l’âge et voient leur passion sous un angle différent. Pour des raisons diverses, le rétro-gaming est devenu une façon un peu à part de pratiquer le jeu vidéo. Pour certains, c’est un hommage, pour d’autres l’envie de revivre des moments de leur jeunesse. 

S’il y a une part de nostalgie (le fameux « c’était mieux avant »), il y a surtout une forme de reconnaissance de la créativité et de l’inventivité qui fait parfois défaut aujourd’hui. On aurait pu croire le rétro-gaming ne durerait pas, mais force est de constater que le phénomène va plus loin et ne relève pas seulement de l’effet de mode.

Le rétrogaming est avant tout un profil de gamer, mais lequel ? Voir tous les profils gaming.

  • Le portrait du rétro-gamer

On n’apprendra rien à personne en disant que le rétro-gamer est avant tout un joueur ayant connu dans sa prime jeunesse ce qui peut passer aujourd’hui comme l’enfance du jeu vidéo. Ils ont grandi ensemble, ont aujourd’hui atteint une certaine maturité et prennent plaisir à se remémorer leurs aventures passées. 

On a donc affaire à un adulte, qui, tout en aimant jouer à des jeux récents, ne renie pas ceux qui furent pour lui une révélation et qui l’ont amené sur le chemin du gaming. D’autant plus qu’à l’image des films, on peut parfois se demander où sont passées la créativité et la prise de risque dans les jeux actuels. Probablement à cause d’enjeux économiques bien plus élevés, les jeux vidéo semblent connaître une période moins propice à la découverte et à la surprise. 

Même s’ils sont moins passionnés, il existe un autre profil de rétro-gamers : eux sont trop jeunes pour avoir connu de telles vieilleries. On parle bien-sûr des enfants, nièces ou neveux de vieux routiers du jeu vidéo. En effet, le rétro-gamer aime à convaincre son entourage que ce qu’on faisait avant n’a rien à envier à ce qui existe aujourd’hui. Au départ sceptiques, certains d’entre eux vont se prendre au jeu et passer outre le fossé technique pour n’en retenir que le fun et le plaisir de jouer. 

Les 3 écoles du rétro-gaming

On peut pratiquer le retrogaming de plusieurs façons.

Il y a les collectionneurs, ceux qui utilisent des émulateurs et les néo-rétros.

  • Les collectionneurs

Les collectionneurs sont les vieux de la vieille, ceux qui ont connu une autre époque du jeu vidéo et qui en garde une certaine nostalgie. Tels des Indiana Jones de la cartouche, ils vont chiner les jeux d’antan dans les boutiques spécialisées ou même les brocantes. Certaines cartouches valent aujourd’hui bien plus chères que leur prix d’origine et il existe un réel marché pour ça. Des passionnés donc, capables de faire de nombreux kilomètres pour mettre la main sur une rareté.

  • Les émulateurs

Ce sont des logiciels, le plus souvent fonctionnant sur PC, et qui permettent de simuler une autre machine. Ainsi peut-on assez simplement faire tourner sur nos PC modernes d’anciens jeux console aujourd’hui introuvables. Toutefois, on flirte ici avec la légalité. Les roms (qui correspondent à la version numérique des jeux physiques) ne sont pas toujours libres de droits et il faut donc être conscient de ce qu’on fait en utilisant ces logiciels. 

Les plus utilisés sont ceux fait avec un RaspBerry. Le Raspberry connaît une véritable ascension dans le monde du rétrogaming, car c’est l’outil indispensable pour recréer un émulateur. Au fil du temps, un catalogue de jeux rétro est apparu et aujourd’hui il ne cesse de grandir car le retrogaming est une vraie communauté de joueurs.

  • Les néo-rétros

Sous ce terme, on retrouve les rétro-gamers plus opportunistes. Ceux pour qui les jeux n’étaient parfois plus qu’un lointain souvenir et que la sortie des consoles rétro a motivé à revenir à leurs premiers amours vidéo-ludiques. En effet, un certain nombre de consoles que l’on imaginait passées à la postérité ont fait leur retour ces dernières années. Le plus souvent en format « mini », elles s’accompagnent de jeux pré installés plus ou moins nombreux et tentent de faire revivre des titres majeurs de leur glorieux passé.

  • Les nouvelles anciennes consoles

Devant une demande de plus en plus insistante, mais aussi pour contrer les émulations pirates, certains constructeurs ont décidé de sortir de leur torpeur leurs consoles phares, avec plus ou moins de succès. Ainsi a-t-on pu revoir dans les rayons des versions miniaturisées de la NES, de la Super Nintendo ou même une Playstation première génération. Mais force est de constater que toutes ne se valent pas. 

  • La Nintendo NES Classic Mini

La Nintendo Classic Mini sort le 10 novembre 2016 et embarque avec elle pas moins de 30 jeux dont les 3 Super Mario Bros., les 2 Legend of Zelda ou encore Metroid

Si la console est plutôt de bonne facture, elle souffre beaucoup d’une longueur de câble ridicule pour les pads (91 cm !). Elle s’écoulera malgré tout à 2.3 millions d’exemplaires en 5 mois, soit l’intégralité de la production, obligeant le constructeur à annoncer un nouvel approvisionnement en 2018.

  • La Super Nintendo Classic Mini

La console sort le 29 Septembre 2017 et propose une sélection de 21 jeux, dont la plupart sont des perles, comme The Legend of Zelda: A Link to the Past, Super Mario Kart ou encore Final Fantasy VI pour ne citer qu’eux. Un autre jeu, inédit jusqu’alors, accompagne la sortie de la console : Star Fox 2. Développé en 1996, il n’était finalement jamais sorti à cause de l’arrivée imminente de la Nintendo 64.

La console est clairement de bonne facture et on sent que Nintendo y a mis du sien. Elle résout d’ailleurs un des principaux défauts de la NES Mini, à savoir la longueur des câbles des pads, passant à 1.51 mètre. 

A noter que les ventes cumulées de NES et Super Nintendo Mini s’élevaient fin 2018 à 13.11 millions d’exemplaires et ont depuis dépassé les ventes de la Wii U

  • La Sega Mega Drive 

Sega n’étant plus un fabricant de consoles, c’est ATGames, un constructeur chinois qui s’est chargé de produire une version mini de la célèbre Mega Drive. Malgré ses nombreux jeux embarqués, la qualité de fabrication est loin d’être à la hauteur. 

Devant la grogne des fans, Sega a décidé de reprendre les choses en mains et de produire elle-même une version plus en adéquation avec les attentes des joueurs. La Sega Mega Drive mini verra le jour le 4 Octobre 2019 en France et sera accompagné de 42 jeux, dont 2 inédits. 

  • La PlayStation Classic

Voulant imiter Nintendo, Sony a lancé le 3 Décembre 2018 la Playstation classic, une version mini de la Playstation originale. Malgré quelques titres qui donnent envie comme Final Fantasy VII, Metal Gear Solid ou Resident Evil, la console souffre de plusieurs défauts. Si sa conception est de qualité, certains choix fait par Sony laissent perplexe. 

Une interface minimaliste, un catalogue de jeux surprenants (beaucoup de titres pas vraiment intéressants, en anglais uniquement et en version Pal, et donc en 25 images par seconde) et un système de sauvegarde clairement raté. De plus, on se rend compte que si des jeux en 2D peuvent très bien vieillir, c’est loin d’être le cas de la 3D du début des années 2000. Bref, sans être totalement ratée la console est une demi échec et les ventes s’en ressentent. 

  • L’Atari Flashback 8 Gold

On est ici en présence d’une version modernisée de la mythique Atari 2600. Modernisée car elle embarque certains éléments et fonctionnalités inexistantes à l’époque, comme le wifi, ou le rembobinage, qui permet de revenir quelques secondes en arrière et éviter ainsi une mort qu’on n’avait pas vu venir.

Elle propose un impressionnant catalogue de 120 jeux, mais tous ne sont pas franchement intéressants, et surtout, il manque les deux titres phares de la console, à savoir Pac Man et Defender (toujours licenciés en arcade). Il y a toutefois largement de quoi faire et la console vaut le détour.

  • Le Commodore 64 Mini

Seul représentant des ordinateurs au milieu de toutes ces consoles, le Comodore 64 n’en reste pas moins un objet de culte pour les rétro-gamers. Facile à installer, avec une interface fluide et agréable, le Comodore 64 mini souffre parfois d’être trop fidèle à l’original, en particulier en ce qui concerne le joystick, rigide et peu précis comme à la bonne époque. 

On regrettera aussi l’absence de certains titres phares comme Maniac Mansion, et surtout Defender of the Crown. Toutefois tout n’est cependant pas à jeter dans les 64 jeux proposés, et on a même la possibilité de coder en Basic, comme au bon vieux temps.

  • La Neo-Geo Mini

La console que tout le monde rêvait d’avoir mais que très peu pouvaient s’offrir. La Neo-Geo mini nous offre aujourd’hui l’occasion de rattraper le retard et de profiter d’une quarantaine de jeux à un prix bien plus correct. 

Cette nouvelle version peut tout à la fois se brancher sur une TV ou se jouer seule, grâce à un écran incorporé. Son aspect borne d’arcade s’éloigne de l’image originale de la console mais n’est pas pour autant désagréable et rend la console nomade. 

Une console bien pensée et qui offre un catalogue de jeux intéressant, même si on peut regretter certains oublis.

  • Quel avenir

La mode de ces consoles rétro ne semble pas vouloir s’arrêter puisque sort fin octobre 2019 la Capcom Home Made, sorte de réplique de borne arcade contenant 16 des meilleurs titres de l’éditeur. Un produit plutôt haut de gamme avec des sticks et des boutons qu’on nous promet dignes des véritables bornes d’arcade. A quand un retour de la PC-Engine de NEC ?

Le pixel art et jeux old school 

Il est finalement assez savoureux de constater l’émergence du pixel art et des jeux old school. Quand on pense à la puissance de calcul dont disposent aujourd’hui les consoles, les pc, et mêmes les smartphones, cette nouvelle vague de jeux parait assez singulière. Pourtant les explications ne manquent pas. 

Bien sûr, l’engouement actuel pour le rétro-gaming y est pour beaucoup. Retrouver des graphismes et animations qui fleurent bons les meilleurs titres des années 1990 fait toujours son petit effet. Mais attention, il s’agit bien de jeux développés avec les moyens d’aujourd’hui, et même si l’habillage peut faire penser à du old school, ces jeux bénéficient grandement des machines d’aujourd’hui. Libéré des anciennes limites techniques, le nombre de couleurs, les animations, plus fluides et détaillées, ou encore le quantité de sprites affichables simultanément n’ont plus rien à voir.

Par ailleurs, elle est loin l’époque où une personne seule pouvait créer un hit. L’image du geek développant son jeu seul dans son garage a beau avoir la peau dure, de nos jours, on est à des années-lumière d’un tel scénario. A quelques rares exceptions, ce sont des équipes entières qui travaillent sur les projets, même ceux estampillés pixel art ou old school.

Un coût pour tout ça

Malgré tout, développer des jeux AAA coûte énormément d’argent et les budgets ne cessent de grimper. Pour GTA V, on était déjà à hauteur des plus grands blockbusters américains avec 265 millions de dollars de budget. Pour les éditeurs indépendants, c’est tout simplement hors de portée. Il faut donc faire avec moins et viser quelque chose de moins ambitieux, sans pour autant sacrifier l’expérience de jeu. On allège alors ce qui coûte le plus cher, à avoir les graphismes, et surtout la 3D. Plutôt que de se retrouver avec une 3D bâclée et laide, on s’oriente alors vers de la 2D, et souvent vers une forme modernisée de graphisme à l’ancienne. 

Indépendamment des considérations budgétaires ou de mode plus ou moins passagère, développer du pixel art ou du old school, c’est aussi se recentrer sur le gameplay, l’histoire, la créativité etc. C’est un choix que font certains studios afin de transmettre un message moins dilué par la technique. L’exemple est peut-être facile, mais qu’apporteraient des graphismes aussi soignés que ceux de Red Dead Redemption à une situation rocambolesque comme seul Guybrush Threepwood (le héros de la saga Monkey Island) peut en vivre ? Au final, peut-être même desserviraient-ils l’effet comique.